Articles de presse - Jeûne et Plénitude
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– La Vie “J’ai jeûné sept jours dans le désert “

de AMÉLIE DUHAMEL

La privation de nourriture correspond aussi à une quête de mieux-être. Notre journaliste a testé une semaine de marche et de jeûne en Tunisie.

Quand j’ai annoncé que j’allais suivre un stage de jeûne d’une semaine, j’ai tout entendu : « Tu vas être épuisée », « Tu vas perdre tous tes muscles », « Tu vas grossir deux fois plus à ton retour », « Sans accompagnement médical, c’est de la folie »… Et j’avoue que, même motivée, j’ai eu un peu peur, surtout de ne pas tenir le coup.

Le choix d’un stage

Sur Internet, les propositions de cures abondent : détox, bien-être, yoga, méditation, randonnée. Aucune, en dehors de la fameuse clinique Buchinger en Allemagne, qui affiche ses visées thérapeutiques, ne propose de suivi médical, mais je suis en bonne santé… L’idée d’allier le jeûne et la marche, activité idéale pour la sexagénaire que je suis, me plaît. Je choisis donc d’aller faire mon stage chez Gisbert et Gertrud Bölling, un couple de soixante-huitards venu d’outre-Rhin. Adeptes de la méthode Buchinger, qui autorise l’absorption d’un peu de jus de fruit et de bouillon de légumes, ils ont introduit cette pratique en France. Leurs stages se déroulent dans la Drôme et à Douz en Tunisie, à la lisière du Sahara. La perspective de randonner dans le désert emporte ma décision.

Avant le départ

Lors de mon inscription, je réponds à un questionnaire de santé sommaire. ­Gisbert m’informe que je perdrai 5 kg, que je dois prendre des vêtements chauds pour la nuit. Pour préparer mon ­organisme, je dois aussi réduire la viande, les laitages et les excitants avant mon départ. L’avant-veille, je me réveille avec une sacrée migraine, peut-être due au changement de mes habitudes alimentaires, qui passe au bout de 24 heures.

Le premier jour

À l’arrivée, je dors à l’hôtel à Tozeur. Il y fait froid. Ici, en hiver, on s’habille plus qu’on ne se chauffe. Je me couche avec, pour tout dîner, une orange et une banane. Au réveil, j’ai droit à une petite bouteille d’eau. Gisbert est venu me prendre en voiture et lorsqu’il s’arrête pour acheter du pain complet – pour la fin du jeûne –, je soupire. Mais la route à travers le Chott el-Jérid me fait oublier la faim. Cette immense vallée saline dont les cristaux étincellent au soleil semble semée d’oasis : des mirages. Nous arrivons « au château », une grande villa bâtie au beau milieu d’une palmeraie magnifique. J’y retrouve deux autres stagiaires, Alain, 20 ans, globe-­trotteur, et Éva, 38 ans, kinésithérapeute, qui jeûnent depuis 24 heures, et louchent avec envie sur le pain que Gisbert sort de la voiture.

À 10 h, munis chacun de deux bouteilles d’eau agrémentée d’un peu de jus de pomme que nous chargeons sur les deux dromadaires d’Amr, notre guide, nous nous mettons en route. Le soleil chauffe les membres. La marche est relativement aisée sur terrain plat, mais, sur les dunes, les pieds s’enfoncent dans le sable qui vient alourdir les chaussures. J’enlève mon pull, je suis en nage, et en plus j’ai faim.

Heureusement, c’est l’heure de la pause. Alain, Éva et moi nous nous étendons au soleil, loin d’Amr et de Gisbert qui sortent du pain et des dattes. Ma bouteille d’eau me console. Le sable est doux au toucher, le paysage féérique. Il paraît que dans deux ou trois jours, nous ne sentirons plus la faim. Le retour est plus facile, nous marchons pieds nus dans le sable doux en devisant. Quand la palmeraie apparaît, il est 15 h 30. Je ne me sens pas fatiguée, je bois pour tromper mon estomac.

À la cuisine, nous avalons une purge destinée à vider nos intestins pour éliminer le restant du bol alimentaire. Nous avons certes faim, mais pas plus que ce matin. Gisbert nous explique ce qui va se passer : les deux premiers jours du jeûne, l’organisme attend sa nourriture. Puis il comprend qu’il doit s’adapter à la disette, et la sensation de fringale disparaît car il va puiser dans ses réserves. C’est « l’autorestauration ». Les cellules ne manqueront de rien, transformant les graisses en glucose, indispensable au fonctionnement du cerveau et des muscles. Le soir, nous apprécions particulièrement le bouillon de légumes qui fait office de repas.

Au fil de la marche

J’ai très bien dormi, longtemps, malgré la purge, d’une efficacité redoutable. À 10 h, je me sens en pleine forme, mes compagnons aussi. Nous sommes étonnés : ni fatigue, ni nausées, ni mal de tête tels qu’annoncés. La randonnée nous enthousiasme, et nous rentrons les poches pleines de roses des sables. Pas de faiblesse particulière à signaler. Tous les jours au retour, Gisbert nous parle des vertus du jeûne et de l’équilibre alimentaire. Cela ressemble un peu à du bourrage de crâne, mais c’est assez convaincant. Le soir, après avoir bu avec délectation notre bouillon, nous visionnons des films sur la question.

Les jours suivants, la sensation de faim disparaît effectivement. Avec deux ou trois litres d’eau par jour, l’organisme fonctionne. Seules remarques : la langue est chargée – signe d’élimination des toxines –, le sommeil plus court – six ou sept heures – et la bouillotte du soir nous aide à combattre l’hypocalorie provoquée par le jeûne. La crise d’acidose du troisième jour – rejets acides provoqués par le bouleversement subi par l’organisme – ne se manifeste chez aucun de nous. « Plus il y a de toxines à éliminer, plus cette crise est forte », explique Gisbert. Cela nous rassure sur notre état.

Le quatrième jour, nous dormons sous la tente, dans un campement. Des touristes y dégustent un couscous appétissant. Éva salive et s’éloigne, tandis qu’Alain et moi demeurons presque indifférents. Le lendemain, j’ai mal au dos et je me sens un peu faible, mais mes compagnons sont en pleine forme.

Bientôt le couscous ?

Nous dormons de moins en moins. Pas de fatigue, mais les nuits s’étirent sans fin. Ce matin, Gisbert met des graines de lin et des pruneaux à tremper. Cette nourriture sommaire est sensée relancer l’élimination intestinale. Hélas, ce premier « repas » est loin d’être goûteux. Les graines de lin me donnent même envie de vomir. Mais, en stagiaire disciplinée, j’avale tout, folle de joie à l’idée de manger un bon couscous ce soir au restaurant de Douz avant de reprendre la route pour Tozeur d’où nous partons le lendemain. Éva, elle, a décidé de jeûner un jour de plus.

Au dîner, Alain et moi ne sommes pas déçus : soupe de légumes à l’orge, couscous avec de la graine complète et salade. L’estomac a rétréci, nous mangeons donc raisonnablement tout en savourant. ­Gisbert nous fait ses recommandations : rester modérés au retour pendant au moins une semaine et consommer moins de sel, moins de protéines animales et moins de nourriture. Il conseille aussi de s’astreindre à un jour de jeûne ou de monodiète hebdomadaire pour conserver les bienfaits de la cure.

Juste après la cure

Je suis en pleine forme : 3,5 kg de moins, mais on croirait que j’en ai perdu le double ; douleurs d’arthrose diminuées ; moral d’acier ; capacités de concentration maximum ; et surtout, envie d’une nourriture plus saine.

Deux mois après

De cette cure, j’ai retiré de vrais enseignements. Une meilleure capacité à contrôler mon poids et à diversifier mon alimentation. Nous mangeons souvent trop, plus par habitude que par besoin. Ces quelques jours m’ont ramenée à l’essentiel, à une consommation plus raisonnée, loin du superflu. En tout cas, je remets ça l’année prochaine.

– Nouvel Obs “Le jeûne, une nouvelle façon de se soigner”

Nouvel Obs (03/2012) “Le jeûne, une nouvelle façon de se soigner”

Par Thierry de Lestrade Sylvie Gilman

LE PLUS. Comment imaginer que se priver peut rendre plus fort ? C’est pourtant ce que prouvent plusieurs études venues de l’étranger : le jeûne guérit. Explications de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, réalisateurs de documentaires, notamment auteurs de “Le jeûne, une nouvelle thérapie ?”, qui sera diffusé sur Arte à la fin du mois.

Notre système de santé craque de toutes parts. Les comptes sont dans le rouge. Les maladies s’installent : diabète, hypertension, pathologies inflammatoires, allergies, dépressions… À chacune sa pilule. Nous vivons plus vieux, pieds et poings liés aux béquilles chimiques fournies par l’industrie du médicament. L’obésité fait des ravages, le cancer frappe chaque famille.

Ce constat est connu de tous aujourd’hui. Et que faisons nous ? Nous poursuivons dans la même direction.

Qui s’en soucie ? Les médecins suivent les protocoles, les comptables chiffrent, la dette enfle.

Que faire face à ce dérèglement du système de santé ?

Nous pouvons peut-être changer de perspective, penser notre système comme un vrai système de santé et non comme un système de la maladie.

Nous pourrions travailler sur le corps dans son ensemble, au contraire de la pratique qui veut que le médecin soigne son patient comme un garagiste répare une voiture : quand il a un pépin, par pièces interchangeables.

Au fil de ce questionnement, nous sommes tombés sur un vieux truc, vieux comme le monde : le jeûne. Étrange pratique, qui incite souvent à l’ironie, parce qu’elle effraie un peu (beaucoup) : qui n’a pas peur du manque ?

 

Jeûner, c’est entrer dans un pays inconnu

Aucun de nous n’avait jeûné, ne connaissait des gens qui avaient jeûné, avant de nous lancer dans une enquête qui voulait répondre à trois questions : est-il dangereux de jeûner ? A-t-on observé dans le corps, de manière objective, scientifique, les effets du jeûne ? Ses effets sont-ils bénéfiques ?

Ne revenons pas en détails sur les résultats de cette enquête : nous les racontons dans le documentaire diffusé sur Arte le 29 mars (1).

Précisons néanmoins que les découvertes sur le jeûne sont tout à fait étonnantes.

Les Soviétiques ont constitué 40 ans d’études cliniques, établi des protocoles, des listes d’indication et de contre indication et ont soigné des dizaines de milliers de patients. La pratique est également réelle de l’autre côté du Rhin : 15 à 20% des Allemands déclarent avoir jeûné et, est-ce une coïncidence, ils consomment beaucoup moins de médicaments que nous.

Un chercheur de l’université de Californie, Valter Longo, vient de son côté de publier dans une revue scientifique haut de gamme des résultats surprenants, chez la souris, sur le jeûne et la chimiothérapie.

 

Le jeûne, plus qu’une simple solution, un révélateur

Le jeûne n’est pas la panacée. Il ne sera pas la solution à lui seul des problèmes de notre système de santé.

Mais le jeûne est un révélateur. Révélateur de la capacité à penser autrement.

Interrogé dans un hebdomadaire cette semaine, un cancérologue français de l’hôpital Cochin n’a pas craint d’affirmer : “Le jeûne n’a aucune place dans le champs des pathologies malignes.” (“Elle”, 23 mars 2012), à l’encontre des publications de Longo. En France, ne changeons rien. Pensons comme nous avons toujours pensé.

Autre son de cloche au Norris Hospital de Los Angeles, un des centres de cancérologie les plus importants de Californie, où un essai thérapeutique préliminaire est conduit en faisant jeûner des patients atteints de cancer avant la chimiothérapie. David Quinn, chef du service des essais thérapeutiques (200 essais thérapeutiques sont conduits chaque année), nous a déclaré : “Nous suivons avec beaucoup d’intérêt cette piste. Une méthode simple, facile à mettre en œuvre, et pas chère, potentiellement applicable à tous les cancers : pourquoi la négliger ?”

Pour l’instant, il ne s’agit que d’essais préliminaires. N’empêche, la clinique Mayo a lancé elle aussi des essais thérapeutiques, l’Université de Leiden, aux Pays-Bas également.

Et en France ? Pas d’essais en vue. Dans le même hebdomadaire, un autre professeur déclare : “Jeûner est à proscrire en cas de maladie.” (“Elle”, 23 mars 2012

Et au nom de quoi, dans une France championne du monde de la consommation de médicaments ? De l’ignorance ? De l’incapacité à penser le monde autrement ?

Comme nous le disait Valter Longo : “C’est difficile d’imaginer que vous pouvez supprimer la nourriture à quelqu’un et qu’il devient plus fort.” Et Valentin Nicolaïev, à Moscou, d’ajouter : “C’est encore plus difficile pour un médecin. Jeûner, c’est un peu mettre sa tête à l’envers.”

Sommes-nous prêts à penser le monde autrement ? À penser notre système de santé autrement, à penser notre rapport au soin et au corps différemment ?

Et si le manque n’était plus vécu comme une défaite ? “Moins” pourrait-il être “Plus” ?

– L’Express “le jeûne, une cure de détox naturelle”

Par Olivier Faure

Jeûne et randonnée, le duo qui séduit de plus en plus de Français. REUTERS/Charles Platiau

Régénérer l’organisme, apprendre à mieux se nourrir… La diète pourrait être un bon outil de prévention. L’Express a testé une formule cure et randonnée.

Au premier repas sauté, on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère. “Ne vous inquiétez pas, la sensation de faim va s’estomper”, rassure Abigaelle Penalba, animatrice de ce stage très particulier. Bof. Et le pire, c’est qu’il faut marcher! De trois à quatre heures par jour, “pour s’oxygéner et maintenir sa masse musculaire”.

Dès 10 heures, donc, on sillonne la forêt de Rambouillet (Yvelines). Dans le sac, pas de saucisson, pas de brioches. Mais 1 litre d’eau coupée de 20 cl de jus de fruit. “Pour son sucre… et surtout pour le moral”, confesse l’animatrice. Régine, 54 ans, et Claudine, 68, venues pour soigner leur cholestérol, fatiguent. Avant les montées, elles ne cracheraient pas sur un jambon-beurre. La pause déjeuner, justement, se résume à quelques lampées d’eau aromatisée.

 

Mais, déjà, le jeûneur commence à se rendre compte d’une chose: il n’a pas si faim que cela. Et c’est plutôt le mental qui souffre que l’estomac. Car ce qui manque le plus, c’est de se mettre à table et de manger pour le plaisir. Le corps, lui, se débrouille bien sans ça. “Il puise son carburant dans les réserves de l’organisme”, explique Abigaelle Penalba.

Jeûner pour apprendre à se nourrir sans excès

Au retour de la randonnée, repos et “cours” sur le bien-manger. Car le jeûne vise non à vous dégoûter de la nourriture, mais à vous apprendre à vous nourrir, sans excès. En début de soirée vient – enfin – l’heure du bouillon. Des légumes cuits dans beaucoup d’eau, mixés et filtrés, dont on boit le jus. Le premier jour, on en écluse quatre bols. Le dernier, un seul suffit.

 

Le jeûne, pratiqué depuis toujours par les grandes religions, est la tendance du moment. L’an dernier, la Fédération Jeûne et randonnée a recensé environ 4000 adeptes et elle compte aujourd’hui 17 centres, pour 6 en 2004. De nombreux chercheurs s’intéressent aux effets de la diète volontaire, sur le cancer notamment mais aussi sur les problèmes cardio-vasculaires, le diabète, le cholestérol, ou l’hypertension…

Les premières études remontent à la fin du XIXe siècle mais, les scientifiques n’ayant pas encore déterminé la façon dont l’organisme réagit à cette privation de nourriture, nul n’est encore en mesure de préciser dans quelles conditions elle peut se pratiquer sans danger.

Aussi le jeûne dit “thérapeutique” est-il interdit en France, contrairement à de nombreux pays européens comme l’Allemagne. En prévention, il aurait des effets notables, d’après ses partisans. “Pour un jeûne d’une semaine, on jouit d’un état de forme et de bien-être général durant les quatre à six mois qui suivent, affirme Abigaelle Penalba. Pendant un jeûne, le corps élimine les surplus, ce qui rééquilibre la composition des liquides cellulaires. L’organisme est comme purifié.” Une bonne cure de “détox“, en somme, sans potions miracle.

– TerraEco “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le jeûne”

Dangereux ? Thérapeutique ? Contre-nature ? Cette pratique – qui attire de plus en plus – génère de nombreux fantasmes. « Terra eco » démêle le vrai du faux.

Marion Eberschweiler a entamé son jeûne après deux ans de maladie digestive pour « repartir à zéro », sur les conseils d’une amie. « Je ne pensais pas tenir une journée entière ! J’ai donc été surprise de me sentir si bien et de tenir jusqu’à sept jours », raconte-elle. Thierry Butzbach, lui, jeûne deux fois par an depuis plusieurs années, histoire de « laisser son organisme au repos ». Difficile de savoir combien de Français décident, comme eux, de zapper les repas pendant

une semaine ou plus pour faire du bien à leur corps. « Il s’agit d’un vrai phénomène de société », souligne Juliette Gueguen, médecin méthodologiste à l’Inserm. En 2014, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale a même planché sur le sujet à la demande du ministère de la Santé. Car pour les autorités, le corps médical et les mangeurs, le jeûne, hors croyances religieuses ou contraintes sanitaires, soulève beaucoup de questions.

Nouveau ? FAUX

Sans mauvais jeu de mot, le jeûne n’a rien de neuf. « Dans l’Antiquité déjà, Hippocrate recommandait le jeûne, Socrate le pratiquait régulièrement », écrivent Juliette Gueguen et ses trois coauteurs dans le rapport rédigé pour l’Inserm. Sans remonter aussi loin, certains de nos voisins européens ont reconnu ses vertus. Depuis les années 1980, le jeûne fait ainsi partie de la politique de santé publique russe. Sans être aussi institutionnalisé (et donc remboursé), il est aussi largement pratiqué en Allemagne, dans des cliniques spécialisées.

En France, Jean-Pascal David, gérant de la Maison du jeûne, affiliée à la Fédération jeûne et randonnée, se souvient surtout d’une pratique discrète, presque honteuse jusqu’à ces dernières années. « Beaucoup de gens jeûnaient depuis longtemps, mais personne ne le disait. Les choses se faisaient en secret, estime t-il. Et puis le documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, diffusé en 2012 (Le jeûne, une nouvelle thérapie, ndlr) a eu un succès phénoménal. Les gens n’ont plus eu peur de passer pour des fous en disant qu’ils jeûnaient, ce qui a incité pas mal de monde à essayer. »

Aucune statistique ne permet de savoir combien de Français ont tenté l’expérience. D’abord parce que la Fédération jeûne et randonnée ne regroupe qu’une trentaine d’organisateurs sur… beaucoup ! Ensuite parce que certains, comme Marion ou Thierry, jeûnent en solitaire, en dehors des séjours organisés. « A notre échelle, on voit déjà l’explosion, soutient Jean-Pascal David. En deux mois, j’ai dû refuser une centaine de personnes car tous mes stages sont complets. »

Simple comme arrêter de manger ? FAUX

Payer pour arrêter de manger au sein d’un centre ou d’une clinique allemande ou espagnole, cela en fait sourire plus d’un. En réalité, jeûner ne se résume pas à bouder son assiette. Certains optent pour le jeûne total, sans aliments (et parfois même sans eau). D’autres jeûnent un jour sur deux ou en continu en s’accordant quelques bouillons et jus de légumes, selon la méthode allemande dite de Buchinger, très répandue en France. En ce qui concerne la conduite à adopter durant la cure, là aussi plusieurs paroisses s’affrontent. Là ou certains préconisent le repos total, d’autres maintiennent une activité soutenue pour accélérer l’effet détox.

Reste un point sur lequel les jeûneurs semblent s’accorder : l’entrée et la sortie de jeûne doivent être progressives. « J’ai choisi de faire mon huitième jour à l’eau de coco riche en minéraux et oligo-élements, le neuvième jour aux jus verts puis une journée aux smoothies avant de repasser aux solides et de continuer à manger léger les jours suivants, raconte Marion Eberschweiler, qui a perdu 6 kg en une semaine, en restant active et en faisant un peu de marche. » Thierry Butzbach se souvient, lui, d’une de ses erreurs de débutant. « Une fois, je suis sorti de mon jeûne avec du fromage et du vin rouge. J’ai été malade, c’était atroce. »

Contre-nature ? FAUX

Aussi improbable que cela puisse paraître, ce sont les manchots qui ont permis à l’homme de comprendre comment il pouvait jeûner. Dans les années 1970, Yvon le
Maho, écophysiologiste et directeur de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), part en mission en Terre-Adélie. Il observe alors des manchots mâles de 40 kg jeûner pendant les quatre mois d’incubation de leurs œufs en attendant le retour de la
femelle. « On s’est dit que le manchot devait avoir quelque chose en plus pour jeûner aussi longtemps, raconte-il aujourd’hui. Et puis, au fil de nos recherches, nous nous sommes rendu compte que nous avions, nous aussi, une capacité à modifier notre métabolisme pour préserver notre stock de protéines. »

Depuis, le chercheur s’est prêté au jeûne et ne s’est « jamais aussi bien senti qu’après huit ou dix jours sans manger ». Après vingt-quatre heures de diète, quand le glycogène apporté par les repas a été épuisé, le jeûneur pompe dans ses protéines pour fabriquer du glucose. Puis, après quatre ou cinq jours, il met en place un mécanisme d’économie, comme le manchot. « C’est la période la plus dure à passer, parce que l’organisme commence a puiser dans ses réserves. Dès lors, 96% des dépenses d’énergie viennent des lipides et seulement 4% des protéines, contre 80% et 20% d’ordinaire. C’est ce qui permet à l’homme de tenir. » Combien de temps ? « Tout dépend du physique de la personne. Quand les protéines sont épuisées, c’est la mort. Mais il y a ce que l’on appelle un signal de réalimentation. Après trente ou quarante jours, l’homme va être tiraillé par la faim. Cela signifie que le jeûne doit cesser. »

Dangereux ? VRAI et FAUX

En France, le jeûne se pratique essentiellement dans les milieux hygiéniste ou naturopathe, sans contrôle ni encadrement. Dans son rapport de 2009, la mission interministérielle de vigilance et de luttes contes les dérives sectaires (Miviludes) s’inquiétait. « La promotion des régimes restrictifs et du jeûne alimentaire dans la mouvance des thérapies non conventionnelles est préoccupante, écrivait-elle alors. Elle fait courir à ceux qui s’y adonnent des risques

majeurs. » Depuis, plus rien.

Résultat, un internaute qui cherche un endroit où jeûner à plusieurs se verra proposer une multitudes de séjours. « Certains organisateurs de jeûnes n’ont même parfois jamais jeûné, soutient Jean-Pascal David. C’est parce que l’on voyait les offres se multiplier que nous avons décidé de nous réunir autour d’une charte de qualité. Malheureusement, on ne peut rien contre ceux qui n’y voient qu’un business. Il n’y a jamais eu d’accident et c’est peu probable sur des
durées courtes mais il est vrai que quelques contrôles ne feraient pas de mal. »

Thérapeutique ? JOKER

Se sentir neuf, revivre, rajeunir… Les commentaires des jeûneurs sont élogieux, mais arrêter de s’alimenter a-t-il de réelles vertus thérapeutiques ? C’est la question à laquelle Jérôme Lemar, un docteur en médecine, a tenté de répondre en 2011 dans sa thèse de fin d’études, L’appellation
« jeûne thérapeutique » est-elle fondée ou usurpée ?
Après avoir passé en revue l’ensemble des travaux disponibles, le doctorant se voit contraint de conclure : « La lecture critique de ces articles a donné des résultats parfois intéressants, souvent contrastés et de faible niveau de preuve à court terme, et des résultats majoritairement manquants à long terme. (…) Enfin, les bénéfices réels liés à ces pratiques sont restés à l’image de leurs mécanismes d’action, inconnus, imprécis et hypothétiques. »

A l’Inserm, Juliette Gueguen partage ce constat. Les bienfaits du jeûne sont difficiles à évaluer. D’abord parce que la France accorde peu de crédit aux médecines complémentaires. Ensuite parce que les études butent sur des problèmes méthodologiques. « Le jeûne est extrêmement lié à la volonté, il relève d’une conviction intime. Dès lors, difficile de tirer au sort les jeûneurs sans susciter des frustrations, selon que la personne choisie y croit ou pas. Nous sommes aussi confrontés à un biais d’évaluation. Lors des essais cliniques, les patients ne savent pas quels traitements ils suivent, pour que leurs croyances n’interfèrent pas dans les résultats. Avec le jeûne, c’est impossible. Enfin, il y a aussi la difficulté à réaliser des mesures objectives. Le jeûne peut ne pas avoir vocation à faire disparaître des symptômes mais à se sentir mieux de manière générale, ce qui, d’un point de vue clinique, est assez compliqué à mesurer. » Résultat des courses : la médecine s’intéresse de loin à la pratique et les rares chercheurs qui lui accordent quelques vertus – pour alléger les effets indésirables d’une chimiothérapie, par exemple – peinent à décrocher des financements. Et Juliette Gueguen de conclure : « Il existe un fossé entre les données issues de la recherche en milieu médical, hors France, et la pratique du jeûne que les gens peuvent adopter dans des contextes différents. »